dimanche 2 juillet 2017

Montessori: une approche de l'humain bien plus que du savoir...

Vous attendiez sans doute un article sur le 12-15 ou même enfin l'article sur l'éducation cosmique. Patience, cela va venir. Aujourd'hui, je voulais publier un article de réflexion commencé il y a un moment maintenant mais que je n'avais pas eu le temps de terminer. Vous y trouverez encore une fois des réflexions sur le rôle de l'adulte, tellement important. Il pourrait être la 3ème partie de la série d'articles que j'avais publiés l'an dernier sur le temps de l'adulte et le temps de l'enfant.

Si vous me suivez sur ma page facebook, vous savez que je suis allée 2 jours en observation dans la classe 6-12 de mon amie Clémence Laloue à l'Ecole Montessori du pays Rochois.

http://www.montessori-pays-rochois.fr/


Ça faisait très longtemps que j'attendais ce moment et que je m'en régalais à l'avance.
Ceux qui connaissent Clémence savent à quel point sa classe est belle, bien aménagée, avec un matériel presque entièrement fabriqué à la main et d'une grande qualité avec un soin des détails d'un grand raffinement. Bref, un régal sensoriel!



Mais finalement, ce n'était pas pour cela que j'étais venue (j'avais en plus déjà eu la chance de passer une journée dans sa classe sans les élèves et j'avais déjà pu explorer tous ses trésors...)
Non, ce que je suis venue voir, c'était le fonctionnement de la classe: la dynamique des enfants entre eux, face au travail, avec leur éducatrice et surtout le positionnement de l'adulte. Et j'ai été servie!

image tirée du site facebook de l'école


Dans le cursus Montessori complet, l'enfant qui est en classe 6-12 ans est passé par une classe 3-6 ans et a renoué avec son guide intérieur. Il arrive normalement plutôt apaisé avec une soif de découverte, prêt à s'emparer des propositions que son éducateur va lui présenter.
Mais si l'enfant n'a pas suivi le cursus 3-6, il en va tout autrement. L'enfant n'a généralement pas les acquis des Montessoriens ni en terme de connaissance ni en terme de positionnement face à son travail.
Dans un certain nombre d'écoles Montessori ouvertes depuis de longues années, l'entrée en 6-12 sans être passé par le 3-6 est impossible, dans d'autres, on accueille les non-montessoriens avec parcimonie mais dans les jeunes écoles, ce sont plutôt les enfants montessoriens qui sont l'exception!

Certains montessoriens affirment qu'il est illusoire d'attendre qu'un enfant de plus de 6 ans puisse arriver à se comporter et à travailler comme en enfant qui a vécu le 3-6.
Très probablement, il restera entre ces 2 types d'enfants un différence, sinon, ce serait nier purement et simplement l'importance des périodes sensibles. Pourtant, doit-on s'avouer vaincu avec les enfants de plus de 6 ans et décréter que l'ambiance Montessori proposée aux 6-12 ans ne convient pas aux non-montessoriens?
Je suis convaincue du contraire, même si je pense qu'il est infiniment plus profitable pour un enfant qui n'a pas connu l'ambiance 3-6 ans d'entrer dans une ambiance composée en majorité d'enfants qui l'ont connue. Lors de mon expérience à l'école, j'ai bien noté la différence qui pouvait exister entre les enfants qui avaient eu la chance de passer au moins 2 ans chez Aude avec des parents qui pratiquaient à la maison un style d'éducation cohérent avec Montessori et les enfants qui avaient passé plusieurs années dans le système classique.

La différence la plus grande ne tient pas, à mon avis, aux connaissances acquises via la manipulation du matériel mais bien au rapport que l'enfant entretient avec ses besoins profonds, ses aspirations, ses émotions.
Aussi, ce n'est pas tant la mise au travail que nous devons rechercher chez ces enfants qui nous arrivent en cours de route mais bien une re-connexion à son identité profonde se défaisant de ces personnalités factices qu'ils se sont fabriquées sous l'influence d'étiquettes qu'on leur a attribuées, de ces rôles qu'ils ont endossés et qui leur collent à la peau.

En fonction du vécu de l'enfant, ce chemin peut être long et difficile. Il ne peut être parcouru qu'avec l'aide des parents qui vont devoir accepter d'être dans une posture de confiance vis à vis de l'éducateur. Et cela suppose un sacré lâché prise quand on commence par avoir l'impression que son enfant "ne fait rien", "n'a pas le niveau"...
Pourtant, si l'éducateur fait son travail et que ni lui ni les parents n'imposent de pression sur l'enfant, alors ce temps où l'on a l'impression qu'il "ne fait rien" est comme le temps de la chrysalide pour le papillon. Une lente maturation qui lui permettra de prendre son envol.
L'enfant qui n'a pas vécu le 3-6 a besoin de passer par une phase de construction de soi lui aussi. Plus il aura subi d'attentes, de pressions, de jugements et étiquetages, plus l'enfant aura besoin de temps avant de pouvoir investir en profondeur les activités et en tirer un réel profit.

Pour se construire, il a également besoin de passer par une éducation à la gestion de ses émotions: les reconnaître, les accueillir, les exprimer de manière acceptable... Et là encore, l'éducatrice a un énorme rôle lorsqu'elle accompagne les enfants: faire preuve d'empathie, ne pas juger, rassurer l'enfant, l'aider à dépasser un moment difficile en lui donnant des clés.
J'ai pu voir, lors de mon observation, plusieurs de ces moments d'accompagnement qui m'ont à la fois touchée et appris. Ce qui est impressionnant, c'est la disponibilité d'esprit que donne le fait de ne pas mettre de pression sur l'enfant en terme de résultat. Le temps passé à gérer une émotion forte avec un enfant, même s'il perturbe les plans de l'éducatrice, n'est pas vécu comme un contretemps. C'est encore une situation d'apprentissage.

Maria Montessori ne concevait pas sa méthode comme une pédagogie mais comme une "aide à la vie". Elle constatait elle-même combien les enfants qui avaient suivi sa méthode avaient engrangé des connaissances solides et elle préconisait de semer le plus possible de "graines de savoir" pendant ce temps du 6-12 qu'elle qualifie de "plus grand effort intellectuel".
Mais on ne sème pas dans un champ plein de ronces. Il n'y pousse que fort peu de choses. C'est pourquoi la méthode s'attache d'abord à la personne de l'enfant pour l'aider à construire de solides fondations pour le développement de sa personnalité.

Si l'on veut réellement proposer une approche montessorienne dans sa classe et non pas juste utiliser des outils d'apprentissage, il faut accepter de laisser de côté nos attentes, notamment académiques.
Si le point important pour nous, c'est le matériel et l'apprentissage qu'il procure, nous commencerons par voir un un élan positif auprès des enfants: ils éprouveront du plaisir à travailler différemment, ils accèderont à la compréhension de notions qui leur semblaient difficiles et cela leur procurera un gain de confiance en soi. Au début, ils se mettront facilement au travail car c'est cela qu'ils ont connu et ils fonctionneront sur  ce réflexe qu'ils ont plus ou moins acquis, parce que quand ils ne travaillaient pas dans leur ancienne école, ça se passait mal.

Mais dans une école Montessori, l'enfant ne se met pas au travail parce qu'un adulte le veut mais parce que sa volonté propre l'appelle au travail. Et si nous avons mis toute notre énergie sur le matériel et le programme académique, alors, pour une bonne part de ces enfants, la belle énergie du début va retomber car il va leur manquer cette colonne vertébrale que les enfants se sont construite en 3-6 ans: la volonté.
La pédagogie Montessori repose sur la liberté. Mais Maria Montessori nous rappelle régulièrement que "laisser faire ce qu'il veut à l'enfant qui n'a pas développé sa volonté, c'est trahir le sens de la liberté. La liberté est, au contraire, une conséquence du développement de la personnalité, atteint par l'effort et l'expérience personnelle."

Ainsi, si nous voulons que l'enfant accède à cette "auto-éducation", il nous faut aider l'enfant à développer d'abord sa personnalité. En 3-6, cela passe par la proposition inlassable d'un travail qui attire l'enfant et le construit. En 6-12, c'est plus complexe. L'enfant n'est plus dans le même plan de développement. Mais nous pouvons continuer à lui proposer des activités qui mettent en jeu le travail de la main, le contact avec la nature, apprendre à gérer ses émotions, trouver sa place dans le groupe, prendre des responsabilités, se sentir aimé, valorisé, se laisser toucher par la curiosité, l'envie de découvrir puis d'approfondir.
Dans ce livre auquel je reviens décidément toujours, "quand l'école s'adapte aux enfants", Donna Bryant-Goertz insiste sur le rôle du groupe et celui de l'adulte pour aider un enfant à se mettre sur le chemin de la construction de soi. L'adulte est comme un jardinier patient: il doit inlassablement préparer le terrain, l'ameublir, le rendre fertile, mais il ne peut pas tirer sur la plante pour qu'elle pousse. Il en est de même avec l'enfant.
Un rôle bien différent de l'enseignement traditionnel et que l'adulte ne peut tenir qu'avec l'accord et la confiance des parents.

Un grand merci à Clémence pour ces 2 jours d'observation et de discussion qui permettent encore un fois de se recentrer sur les vraies valeurs montessoriennes.

4 commentaires:

  1. Je viens de finir mon bilan de l'année en ULIS TFC collège durant laquelle j'ai essayé de mettre en place une ambiance Montessori...et je suis assez contente du résultat. Lire cet article ne fait que me conforter dans ma façon de faire. J'ai encore du travail mais je pense que cette année, mes élèves ont été heureux, libres, et en construction d'eux-mêmes après plusieurs années de doute, de remise en question permanentes pour certains. Merci pour cet article!

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  2. Quel bel article ! oui tu as de la chance d'avoir pu passer deux jours avec Clémence. Bientôt, j'espère, ce sera mon tour ;-)
    (en passant ... dernier paragraphe, voir "le contacte avec la nature" ;-))

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    1. Je te souhaite de pouvoir aller observer chez Clémence toi aussi ;-) Je pense qu'elle t'accueillera volontiers.
      Merci pour la coquille: c'est corrigé.

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  3. Ah c'est vrai ! Nous avons visité cette école juste avant l'ouverture et nous avons beaucoup apprécié !
    Dommage que nous soyons si loin !

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